----- Revenir à l'écran précédent par la commande BACK -----

En 1808 , les immenses services que rendit Peyrade furent récompensés par sa nomination au poste éminent de commissaire général de police à Anvers . Dans la pensée de Napoléon , cette espèce de préfecture de police équivalait à un ministère de la police chargé de surveiller la Hollande .
Au retour de la campagne de 1809 , Peyrade fut enlevé d' Anvers par un ordre du cabinet de l' Empereur , amené en poste à Paris entre deux gendarmes , et jeté à la Force .
Deux mois après , il sortit de prison , cautionné par son ami Corentin , après avoir toutefois subi , chez le préfet de police , trois interrogatoires de chacun six heures .
Peyrade devait - il sa disgrâce à l' activité miraculeuse avec laquelle il avait secondé Fouché dans la défense des côtes de la France , attaquées par ce qu' on a , dans le temps , nommé l' expédition de Walcheren , et dans laquelle le duc d' Otrante déploya des capacités dont s' effraya l' Empereur ? Ce fut probable dans le temps pour Fouché ; mais aujourd' hui que tout le monde sait ce qui se passa dans ce temps au conseil des ministres convoqué par Cambacérès , c' est une certitude .
Tous foudroyés par la nouvelle de la tentative de l' Angleterre , qui rendait à Napoléon l' expédition de Boulogne , et surpris sans le maître alors retranché dans l' île de Lobau , où l' Europe le croyait perdu , les ministres ne savaient quel parti prendre .
L' opinion générale fut d' expédier un courrier à l' Empereur ; mais Fouché seul osa tracer le plan de campagne qu' il mit d' ailleurs à exécution .
" Agissez comme vous voudrez , lui dit Cambacérès ; mais moi qui tiens à ma tête , j' expédie un rapport à l' Empereur .
" On sait quel absurde prétexte prit l' Empereur à son retour , en plein Conseil d' État , pour disgracier son ministre et le punir d' avoir sauvé la France sans lui .
Depuis ce jour , l' Empereur doubla l' inimitié du prince de Talleyrand de celle du duc d' Otrante , les deux seuls grands politiques dus à la Révolution , et qui peut - être eussent sauvé Napoléon en 1813 .
On prit , pour mettre Peyrade à l' écart , le vulgaire prétexte de concussion : il avait favorisé la contrebande en partageant quelques profits avec le haut commerce .
Ce traitement était rude pour un homme qui devait le bâton de maréchal du commissariat général à de grands services rendus .

SPLEND COURTISANES (VI, paris)
Page: 531