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" Ah ! monsieur , répondit Lucien avec l' amertume et l' ironie de l' homme qui se fait un piédestal de son malheur accompli , comme on a raison de dire dans votre langage : subir un interrogatoire ! ... Entre la torture physique d' autrefois et la torture morale d' aujourd' hui , je n' hésiterais pas pour mon compte , je préférerais les souffrances qu' infligeait jadis le bourreau .
Que voulez - vous encore de moi ? reprit - il avec fierté .
- Ici , monsieur , dit le magistrat devenant rogue et narquois pour répondre à l' orgueil du poète , moi seul ai le droit de poser des questions .
- J' avais le droit de ne pas répondre , dit en murmurant le pauvre Lucien à qui son intelligence était revenue dans toute sa netteté .
- Greffier , lisez au prévenu son interrogatoire ... "
" Je redeviens un prévenu ! " se dit Lucien .
Pendant que le commis lisait , Lucien prit une résolution qui l' obligeait à caresser M . Camusot . Quand le murmure de la voix de Coquart cessa , le poète eut le tressaillement d' un homme qui dort pendant un bruit auquel ses organes se sont accoutumés et qu' alors le silence surprend .
" Vous avez à signer le procès - verbal de votre interrogatoire , dit le juge .
- Et me mettez - vous en liberté ? demanda Lucien devenant ironique à son tour .
- Pas encore , répondit Camusot ; mais demain , après votre confrontation avec Jacques Collin , vous serez sans doute libre . La Justice doit savoir maintenant si vous êtes ou non complice des crimes que peut avoir commis cet individu depuis son évasion , qui date de 1820 .
Néanmoins , vous n' êtes plus au secret . Je vais écrire au directeur de vous mettre dans la meilleure chambre de la pistole .
- Y trouverai - je ce qu' il faut pour écrire ...
- On vous y fournira tout ce que vous demanderez , j' en ferai donner l' ordre par l' huissier qui va vous reconduire . "

SPLEND COURTISANES (VI, paris)
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