----- Revenir à l'écran précédent par la commande BACK -----

" Tu dois me trouver bavarde , mais c' est mon dernier ragot . Je t' écris comme je te parlais , et je veux te parler gaiement . Les couturières qui se lamentent m' ont toujours fait horreur , tu sais que j' avais su bien mourir une fois déjà , à mon retour de ce fatal bal de l' Opéra , où l' on t' a dit que j' avais été fille !
" Oh ! non , mon nini , ne donne jamais ce portrait , si tu savais avec quels flots d' amour je viens de m' abîmer dans tes yeux en les regardant avec ivresse pendant une pause que j' ai faite ... tu penserais , en y reprenant l' amour que j' ai tâché d' incruster sur cet ivoire , que l' âme de ta biche aimée est là .
" Une morte qui demande l' aumône , en voilà du comique ! ... Allons , il faut savoir se tenir tranquille dans sa tombe .
" Tu ne sais pas combien ma mort paraîtrait héroïque aux imbéciles s' ils savaient que cette nuit Nucingen m' a offert deux millions si je voulais l' aimer comme je t' aimais . Il sera joliment volé quand il saura que je lui ai tenu parole en crevant de lui .
J' ai tout tenté pour continuer à respirer l' air que tu respires . J' ai dit à ce gros voleur : " Voulez - vous être aimé , comme vous le demandez , je m' engagerai même à ne jamais revoir Lucien ... - Que faut - il faire ? ... a - t - il demandé .
- Donnez - moi deux millions pour lui ? ... " Non ! si tu avais vu sa grimace ! Ah ! j' en aurais ri , si ça n' avait pas été si tragique pour moi .
" Évitez - vous un refus ? lui ai - je dit . Je le vois , vous tenez plus à deux millions qu' à moi . Une femme est toujours bien aise de savoir ce qu' elle vaut " , ai - je ajouté en lui tournant le dos .
" Ce vieux coquin saura dans quelques heures que je ne plaisantais pas .
" Qu' est - ce qui te fera comme moi ta raie dans les cheveux ? Bah ! je ne veux plus penser à rien de la vie , je n' ai plus que cinq minutes , je les donne à Dieu ; n' en sois pas jaloux , mon cher ange , je veux lui parler de toi , lui demander ton bonheur pour prix de ma mort , et de mes punitions dans l' autre monde .
ça m' ennuie bien d' aller dans l' enfer , j' aurais voulu voir les anges pour savoir s' ils te ressemblent ...
" Adieu , mon nini , adieu ! je te bénis de tout mon malheur . Jusque dans la tombe je serai

SPLEND COURTISANES (VI, paris)
Page: 762