----- Revenir à l'écran précédent par la commande BACK -----

" Bah ! dit Camusot . Allons , vous avez encore votre tante , Mlle Jacqueline Collin , que vous avez placée sous le nom bizarre d' Asie auprès de la demoiselle Esther . "
Jacques Collin fit un insouciant mouvement d' épaules parfaitement en harmonie avec l' air de curiosité par lequel il accueillait les paroles du juge qui l' examinait avec une attention narquoise .
" Prenez garde , reprit Camusot . Écoutez - moi bien .
- Je vous écoute , monsieur .
- Votre tante est marchande au Temple , son commerce est géré par une Mlle Paccard , soeur d' un condamné , très honnête fille d' ailleurs , surnommée la Romette . La Justice est sur les traces de votre tante et dans quelques heures nous aurons des preuves décisives . Cette femme vous est bien dévouée ...
- Continuez , monsieur le juge , dit tranquillement Jacques Collin en réponse à une pause de Camusot , je vous écoute .
- Votre tante , qui compte environ cinq ans de plus que vous , a été la maîtresse de Marat d' odieuse mémoire . C' est de cette source ensanglantée que lui est venu le noyau de la fortune qu' elle possède ... C' est , selon les renseignements que je reçois , une très habile recéleuse , car on n' a pas encore de preuves contre elle .
Après la mort de Marat , elle aurait appartenu , selon les rapports que je tiens entre les mains , à un chimiste condamné à mort en l' an XII , pour crime de fausse monnaie .
Elle a paru comme témoin dans le procès . C' est dans cette intimité qu' elle aurait acquis des connaissances en toxicologie .
Elle a été marchande à la toilette de l' an XII à 1810 . Elle a subi deux ans de prison en 1812 et 1816 , pour avoir livré des mineures à la débauche ... Vous étiez déjà condamné pour crime de faux , vous aviez quitté la maison de banque où votre tante vous avait placé comme commis , grâce à l' éducation que vous aviez reçue et aux protections dont jouissait votre tante auprès des personnages à la dépravation desquels elle fournissait des victimes ... Tout ceci , prévenu , ressemblerait peu à la grandesse des ducs d' Ossuna ... Persistez - vous dans vos dénégations ? ... "

SPLEND COURTISANES (VI, paris)
Page: 753