----- Revenir à l'écran précédent par la commande BACK -----

Ai - je jamais agi comme un créancier ? Vous êtes comme une citadelle , et je ne suis pas un jeune homme . Vous répondez à mes doléances qu' il s' agit de votre vie , et vous me le faites croire quand je vous écoute ; mais ici je retombe en de noirs chagrins , en des doutes qui nous déshonorent l' un et l' autre . Vous m' avez semblé aussi bonne , aussi candide que belle ; mais vous vous plaisez à détruire mes convictions .
Jugez - en ? vous me dites que vous avez une passion dans le coeur , une passion impitoyable , et vous refusez de me confier le nom de celui que vous aimez ... Est - ce naturel ? Vous avez fait d' un homme assez fort un homme d' une faiblesse inouïe ... Voyez où j' en suis arrivé ? je suis obligé de vous demander quel avenir vous réservez à ma passion après cinq mois ? Encore faut - il que je sache quel rôle je jouerai à l' inauguration de votre hôtel .
L' argent n' est rien pour moi quand il s' agit de vous ; je n' aurai pas la sottise de me faire à vos yeux un mérite de ce mépris ; mais si mon amour est sans bornes , ma fortune est limitée , et je n' y tiens que pour vous .
Eh bien , si , en vous donnant tout ce que je possède , je pouvais , pauvre , obtenir votre affection , j' aimerais mieux être pauvre et aimé de vous que riche et dédaigné .
Vous m' avez si fort changé , ma chère Esther , que personne ne me reconnaît plus : j' ai payé dix mille francs un tableau de Joseph Bridau , parce que vous m' avez dit qu' il était homme de talent et méconnu .
Enfin je donne à tous les pauvres que je rencontre cinq francs en votre nom .
Eh bien , que demande le pauvre vieillard qui se regarde comme votre débiteur quand vous lui faites l' honneur d' accepter quoi que ce soit ? ... il ne veut qu' une espérance , et quelle espérance , grand Dieu ! N' est - ce pas plutôt la certitude de ne jamais avoir de vous que ce que ma passion en prendra ? Mais le feu de mon coeur aidera vos cruelles tromperies .
Vous me voyez prêt à subir toutes les conditions que vous mettrez à mon bonheur , à mes rares plaisirs ; mais , au moins , dites - moi que le jour où vous prendrez possession de votre maison , vous accepterez le coeur et la servitude de celui qui se dit , pour le reste de ses jours ,
" Votre esclave ,

SPLEND COURTISANES (VI, paris)
Page: 602