----- Revenir à l'écran précédent par la commande BACK -----

Cet homme , vieilli dans la pratique des affaires , possédait les secrets de tous les gouvernements depuis l' an 1775 , époque de son entrée à la lieutenance générale de police . L' Empereur , qui se croyait assez fort pour créer des hommes à son usage , ne tint aucun compte des représentations qui lui furent faites plus tard en faveur d' un homme considéré comme un des plus sûrs , des plus habiles et des plus fins de ces génies inconnus , chargés de veiller à la sûreté des États .
Il crut pouvoir remplacer Peyrade par Contenson ; mais Contenson était alors absorbé par Corentin à son profit .
Peyrade fut d' autant plus cruellement atteint , que , libertin et gourmand , il se trouvait relativement aux femmes dans la situation d' un pâtissier qui aimerait les friandises .
Ses habitudes vicieuses étaient devenues chez lui la nature même : il ne pouvait plus se passer de bien dîner , de jouer , de mener enfin cette vie de grand seigneur sans faste à laquelle s' adonnent tous les gens de facultés puissantes et qui se sont fait un besoin de distractions exorbitantes .
Puis , il avait jusqu' alors grandement vécu sans jamais être tenu à représentation , mangeant à même , car on ne comptait jamais ni avec lui ni avec Corentin , son ami .
Cyniquement spirituel , il aimait d' ailleurs son état , il était philosophe . Enfin , un espion , à quelque étage qu' il soit dans la machine de la police , ne peut pas plus qu' un forçat revenir à une profession dite honnête ou libérale .
Une fois marqués , une fois immatriculés , les espions et les condamnés ont pris , comme les diacres un caractère indélébile .
Il est des êtres auxquels l' état social imprime des destinations fatales . Pour son malheur Peyrade s' était amouraché d' une jolie petite fille , un enfant qu' il avait la certitude d' avoir eu lui - même l' une actrice célèbre , à laquelle il rendit un service et qui en fut reconnaissante pendant trois mois .
Peyrade , qui fit revenir son enfant d' Anvers , se vit donc sans ressources dans Paris , avec un secours annuel de douze cents francs accordé par la préfecture de police au vieil élève de Lenoir .
Il se logea rue des Moineaux , au quatrième , dans un petit appartement de cinq pièces , pour deux cent cinquante francs .

SPLEND COURTISANES (VI, paris)
Page: 532