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Quand il fut salué par quelque journaliste ou par quelqu' un de ses anciens camarades , il répondit d' abord par une inclination de tête assez polie pour qu' il fût impossible de se fâcher , mais où perçait un dédain profond qui tuait la familiarité française .
Il se débarrassa promptement ainsi des gens qu' il ne voulait plus avoir connus . Une vieille haine l' empêchait d' aller chez Mme d' Espard , qui , plusieurs fois , avait voulu l' avoir chez elle ; s' il la rencontrait chez la duchesse de Maufrigneuse ou chez Mlle des Touches , chez la comtesse de Montcornet , ou ailleurs , il se montrait d' une exquise politesse avec elle .
Cette haine , égale chez Mme d' Espard , obligeait Lucien à user de prudence , car on verra comment il l' avait avivée en se permettant une vengeance qui , d' ailleurs , lui valut une forte semonce de Carlos Herrera .
" Tu n' es pas encore assez puissant pour te venger de qui que ce soit , lui avait dit l' Espagnol .
Quand on est en route , par un ardent soleil , on ne s' arrête pas pour cueillir la plus belle fleur ... " Il y avait trop d' avenir et trop de supériorité vraie chez Lucien pour que les jeunes gens , que son retour à Paris et sa fortune inexplicable offusquaient ou froissaient , ne fussent pas enchantés de lui jouer un mauvais tour .
Lucien , qui se savait beaucoup d' ennemis , n' ignorait pas ces mauvaises dispositions chez ses amis .
Aussi l' abbé mettait - il admirablement son fils adoptif en garde contre les traîtrises du monde , contre les imprudences si fatales à la jeunesse .
Lucien devait raconter et racontait tous les soirs à l' abbé les plus petits événements de la journée . Grâce aux conseils de ce mentor , il déjouait la curiosité la plus habile , celle du monde .
Gardé par un sérieux anglais , fortifié par les redoutes qu' élève la circonspection des diplomates , il ne laissait à personne le droit ou l' occasion de jeter i' oeil sur ses affaires .
Sa jeune et belle figure avait fini par être , dans le monde , impassible comme une figure de princesse en cérémonie . Vers le milieu de l' année 1829 , il fut question de son mariage avec la fille aînée de la duchesse de Grandlieu , qui n' avait alors pas moins de quatre filles à établir .
Personne ne mettait en doute que le Roi ne fît , à propos de cette alliance , la faveur de rendre à Lucien le titre de marquis .

SPLEND COURTISANES (VI, paris)
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